3. La déesse de l'hiver
Gerda avait établit sa cour dans la Palais de Glace, le nouveau palais érigé en son honneur. La déesse y avait installé les jeunes filles qui n'avaient pas eu la « chance » de passer le test des dieux. Elles composaient dorénavant sa cour, silencieuses, vêtues de robes longues et blanches, suivant la déesse dans ses moindres déplacements. Mais plus encore que cette cour solennelle, Freja accompagnait chaque minute de la vie de la déesse, lui prodiguant les conseils et l'attention que la déesse réclamaient.
Il était assez déconcertant pour Freja de parler et même, parfois, de rire, avec une personne qui avait tout de sa sœur, mais qui était pourtant bien différente. La déesse n'avait pas les traits de caractère de Lierna, elle n'était pas naïve, ni impulsive, et on ne peut pas dire qu'elle était passionnée ou téméraire. C'était quelqu'un de froid, calme et tempéré, sage et réfléchi. Freja avait eu l'occasion de le constater. Et pourtant elle lui reconnaissait une bonté d'âme qui lui faisait se souvenir de sa sœur.
Dans quelques jours auraient lieu les jeux en l'honneur de sa venue au monde, et alors tous pourraient voir la bonté de cette déesse qui sauvera les peuples de Jotunheim. Depuis des semaines une rébellion couvait, nourrit par les femmes de la cour de Gerda et les gardes de son entourage. Le peuple fatigué des mauvais traitements sous les brûlures ardentes des trois soleils de Jotunheim, commençait à s'agiter, et de plus en plus, les gardes des dieux semblaient ne plus réprimer les actes de bravades comme ils le faisaient auparavant. C'est pourquoi la veille Yarilo avait ordonné qu'on aille chercher les chefs de cette rébellion dans les villages et qu'on les mettent en prison. Ils seront mis à mort pendant les jeux. Parmis eux, le père de Freja.
Dans sa cellule que l'homme devait partager avec sept compagnons, il avait l'air vieux, et si petit. Les haillons qu'on lui faisait porter et les jours au régime des prisons des dieux l'avait transformé en une chose à peine reconnaissable. Freja était reconnaissante pourtant à sa déesse qui avait convaincu son père de laisser les rebelles dans ses prisons, ainsi elle pouvait aller le voir de temps à autre. Les occasions n'étaient certes pas nombreuses, mais elles étaient, et c'est ce qui importait.
« Freja va t'en. Ne reste pas ici, ce n'est pas ta place., lui dit le vieux dans un souffle
- Ne recommencez pas père. Je viens vous apporter des nouvelles.
- De ma fille ? De ma Lierna ?
- Père c'est de la déesse Gerda dont il s'agit. Elle me l'a confié, vous ne serez pas tué. On va tous vous libérer.
- Les dieux ne sont pas aussi cléments ma chère fille. Tu te racontes des histoires. Vois où je suis, souviens-toi de notre vie, avant que tu n'arrives en ces murs qui font de ma fille l'esclave d'une déesse sans coeur.
- Vous allez trop loin. Vous verrez bien ce que je vous dis. »
Puis dans le silence retrouvé, ils regardèrent à travers l'étroite trouée par laquelle on pouvait voir scintiller les étoiles.
« Les yeux des dieux...
- Leur dents plutôt. Blanches et prêtent à vous arracher la chair.
- Père... »
Ne trouvant plus rien à dire et dépitée par son comportement, Freja préféra repartir. Le vieil homme ne le regarda même pas s'en aller, pas plus qu'elle ne vit les larmes dans ses yeux.
Les jeux débutèrent dans la chaleur suffocante de la saison sèche. L'arène était emplie de spectateurs, et les jeux promettaient d'être fort captivants. Course de char en bige, combats de gladiateurs, et même des fauves dévorant les ennemis des dieux. On avait même préparé une bataille navale, quand la fosse se remplirait d'eau, on pourrait alors assister à un spectacle rarement entrevu dans l'empire du dieu Yarilo.
Les dieux firent leur entrée dans la loge, les jaffas entrèrent en premier se mettant en ordre de chaque côté pour faire place au dieu Yarilo et à la déesse Bayaga, que la foule salua de vivas, puis une fois assis, Loki et Gerda s'avancèrent. Tout à droite à côté de sa mère, la déesse Gerda jeta un oeil derrière elle pour vérifier que Freja était bien là. La jeune femme se tenait en effet juste derrière son siège, scrutant avec émotion la fosse où son père apparaitrait dans quelques instants.
La déesse Gerda nota que ses hommes étaient en place, et que tout semblait se dérouler parfaitement. Elle regarda donc la course de bige qui débutait les jeux avec un intérêt modéré, mais tout à fait détendu. Puis vinrent les gladiateurs qui firent deux morts et huit blessés. Et enfin les fauves... Freja se crispa alors que les bêtes entraient dans l'arène. Le dieu Yarilo se leva, le silence se fit, et il put ainsi s'adresser au peuple.
« Moi, votre dieu, ai eu la bonté de vous faire vivre, je vous donne du travail, vous permet de manger, de respirer, d'avoir des enfants et des femmes. Mais certains réfutent nos bienfaits, perdant la raison ils pensent pouvoir s'attaquer aux dieux. N'oubliez jamais mes enfants, que votre dieu est la justice et que bien que son coeur soit grand sa colère l'est tout autant. Les hommes rebellés vont ainsi périr aujourd'hui, dévorés par ces bêtes féroces, car telle est la punition des dieux. »
Les grilles se soulevèrent à l'autre bout de l'arène et les chefs rebelles en sortirent. Éblouis par le soleil les premiers ne virent même pas les bêtes se jeter sur eux. Un tigre à dents de sabre planta ses crocs dans un homme et le traina en donnant de vigoureux coup de tête, un autre s'avança et gronda à l'encontre des hommes, se préparant à bondir. Ses pattes se plièrent et quand il les tendit pour sauter un éclair fusa et l'arrêta dans son élan. Le père de Freja s'approcha de la bête immobile et se rendit compte qu'elle était morte, et que le trou qu'elle avait dans le torse ne pouvait venir que d'une lance de mort. Jettant un coup d'oeil à la loge des dieux il vit alors un spectacle incroyable.
Un couteau sur la gorge, les dieux Yarilo Bayaga et Loki étaient prisonniers des jaffas que la déesse Gerda semblait contrôler, car en faisant un simple signe de tête, ils emmenèrent les dieux ailleurs.
Dans l'arène il se rendit compte que les lances avaient fait leur office, il ne restait plus un fauve de vivant. Tout s'était passé si vite que le vieillard ne comprenait plus rien. Les jaffas postés tout autour de l'arène en haut des gradins étaient en fait ceux de Gerda, ils portaient pourtant la marque de Yarilo, mais elle avait du les rallier. Sa fille avait dit vrai, la déesse était bonne.
« Peuple de Jotunheim, aujourd'hui je vous libère des dieux cruels qui vous gouvernaient par la peur et la violence. Louez mon nom, celui de la déesse Gerda, car je ne vous débarrasse pas seulement de leur tyrannie, mais aussi de la chaleur étouffante des soleils. Je vous apporte l'HIVER ! »
Et en disant cela le ciel se couvrit d'une teinte bleutée, puis devint peu à peu plus blanche. C'est alors que les gens prirent peur, car du ciel tomba en gros flocons la première neige de Jotunheim.
La déesse fit signe à Freja de la suivre, tandis que la joie éclatait sur les bancs de l'arène, et elles rejoignirent le palais par anneaux de transport. Les dieux capturés avaient été dépossédés de toutes leur armes et avaient été revêtus de toges blanches toute simple. Trois sarcophages étaient présents avec eux dans la pièce où Gerda et Freja les retrouva, encerclés par les jaffas de la déesse.
« Chers parents, petit frère, vous allez maintenant disparaître à jamais.
-Tu comptes nous tuer pauvre rebelle ridicule, les autres dieux de la galaxie auront tôt fait de te retrouver et de te détruire pour cet acte impardonnable.
-Non cher père je ne vais pas vous tuer, le sang d'un dieu ne saurait couler. Voyez ces sarcophages. Vous les aimez tant que je vous offre l'avantage de passer l'éternité à l'intérieur.
-Tu ne ferais pas ça ma fille ? Pourquoi faire ça à ta propre famille ?
-De quelle famille parles-tu chienne ? », la voix horrible du goa'uld sortit en même temps que ses yeux s'illuminèrent à cette réponse.
Un signe de main et les jaffas firent entrer les dieux dans leur sarcophages, puis les scellèrent avant de les emporter. L'ordre avait été donné de les enterré dans la fosse où toutes les femmes qui avaient échoué au test de dieux se trouvaient désormais. On l'avait donc réouverte pour les y jeter, puis on referma la fosse à jamais.
Freja était abasourdie, et avait en même temps hâte de revoir son père. Elle en fit part à la déesse qui lui répondit qu'elle l'avait déjà fait mander. Celui-ci arriva donc escorté par des gardes, et Freja se jeta sur lui pour le prendre dans ses bras. Le vieil homme la serra aussi fort qu'il le put, et pensa un instant que tout irait mieux désormais. Puis...
« Tuez-les tous les deux »