Toutes les cloches, carillons, gongs et tambours de la cité retentirent en cœur, sonnant ainsi le début de la cérémonie religieuse. Les rues et les places étaient remplies de monde, de nombreuses personnes étaient venues des campagnes alentours pour assister à l’évènement. Les toit-terrasses des maisons, toutes recouvertes d’une nouvelle couche de crépi blanc pour l’occasion, étaient également occupés par des familles au grand complet. Plus on s’approchait du centre ville, et de la forteresse de Nikolaï, et plus les demeures étaient grandes et luxueuses, voire même parfois en pierres et non dans l’habituel torchis des autres maisons.
Les terres et les maisons appartenant exclusivement à Nikolaï et non aux résidents de celles-ci, le Dieu s’attribuait le droit de chasser et de remplacer à tout instant les occupants de n’importe quelle demeure, aussi modeste fut-elle. Dans les faits, il n’appliquait que rarement ce pouvoir absolu, ayant des choses plus importantes à faire que de jouer à présider au destin de ses esclaves au cas par cas.
Les massives portes d’or de la citadelle s’ouvrirent en grand pour laisser passer le cortège divin. Nikolaï, sur son fier et noir destrier, avançait sans réelle garde rapprochée, son bouclier personnel étant là au cas où ; de plus, cela permettait au Dieu de donner une image positive de lui-même à son peuple : un Dieu, pour être respecté, ne devait pas montrer une quelconque crainte face à ses sujets.
Monseigneur Don Profondo était quand à lui transporter dans une chaise à porteurs et il affichait autant une tête d’enterrement que Nikolaï souriait et faisait des saluts de la main à la foule en délire. Contrairement au Dieu, Sa Sainteté le popi ne supportait pas de se retrouver ainsi au milieu de la vile et crasseuse populace, et il ne manquait jamais une occasion de le montrer, en retour la population l’avait surnommé le Bougon ou bien alors parlait de lui en disant « Sa Saleté ».
Nikolaï tâchait toujours de prendre comme popi un homme antipathique pour que la population s’acharne verbalement sur celui-ci et non sur le Dieu : si quelque chose se passait mal, c’était toujours de la faute du popi, qui avait mal appliqué la décision du Dieu ; si tout allait bien, c’était grâce à Nikolaï car il savait parfaitement gérer son empire.
Le cortège descendit des hauteurs où était bâtie la blanche citadelle, à l’extérieur de la ville. La citadelle avait donné son nom à la planète-mère de Nikolaï : Utopos. La forteresse du dieu avait prit ce nom car sa plus grande partie était souterraine : le palais était composé de couloirs interminables et de salles immenses, qui courraient sous toute la capitale et même, disait-on également, sous toute la planète. D’où ce nom d’Utopos, « le lieu qui n’existe pas », car la citadelle n’était pas un point sur la planète, mais plutôt une sorte de gigantesque toile d’araignée sous la surface de celle-ci.
Durant la descente, le dieu put admirer une fois de plus sa capitale : une cité blanche, tout comme la forteresse, composée de nombreuses et étroites ruelles qui étaient le fruit de plusieurs années de constructions anarchiques des habitations. Nikolaï avait déjà tenté de mettre de l’ordre à tout ça, mais en vain, toutes ses tentatives ayant eu jusqu’à maintenant le même effet qu’un coup de couteau en plastique sur un arbre centenaire. Les seules choses que Nikolaï avait réussi à faire, c’était de percer à travers la ville deux avenues perpendiculaires et à raser l’ancien centre-ville surpeuplé pour y construire de grands bâtiments, dont le temple Nikolaï le Bienheureux, espacés par des places publiques. Parfois, de plus en plus souvent, le dieu se demandait s’il n’allait pas lui-même mettre le feu à la ville, histoire de l’assainir un tant soit peu et pouvoir la reconstruire entièrement sur des bases plus saines : un jour peut-être…
Les murs de la cité approchaient et la population était massée à leur sommet pour saluer leur seigneur et maître. Des drapeaux flottaient au vent et des banderoles étaient accrochées le long des remparts avec des messages divers et variés, dont un à la vue duquel Nikolaï ne put s’empêcher de sourire et qui disait : « On vous aime Nikolaï ! ». En résumé, le Ministère de la Vérité, en charge de la propagande, avait fait du très bon travail, comme toujours.
Tandis que le cortège pénétrait dans la Cité, la foule se mit à lancé des confettis et des grains de riz en lançant des cris de joies... et en ayant peur à chaque instant que la police secrète du Dieu, le PIGEON (Police Intérieure Générale Et Organisation Novatrice), ne les trouve pas assez enjoué. Le jaffa qui était à la tête du PIGEON était l’une des personnes les plus importantes de l’empire et seul Nikolaï savait de qui il s’agissait. Pour le grand public, c’était un inconnu, tant par son aspect que par son nom, et la seule fois où on pouvait espérer le rencontrer s’avérait également la dernière : on était soudainement happé au détour d’une sombre ruelle et amené devant une silhouette encapuchonnée, au visage émacié et perpétuellement porteur d’un léger sourire relevant du rictus : de là à porter une faux à la main, il n’y avait plus qu’un pas.
Les toits-terrasses des maisons, où s’entassaient parfois plusieurs générations d’une même famille, étaient bondés. Nikolaï savait parfaitement que la vie de ses « sujets » n’était pas toujours facile, et pour cause : il en était le responsable. Son but était justement de laisser le moins de temps possibles aux esclaves pour s’instruire et pour se reposer, sinon, c’était la porte grande ouverte à la révolte et au chaos, chaos dont il avait tiré quelques centaines d’années plus tôt une tribu de chasseurs-cueilleurs en leur montrant comment fabriquer des outils et cultiver la terre, d’ailleurs, il était persuadé de s’être déplacé une vertèbre au moment précis où la bêche avait touché le sol.
De plus, les rares fois où le peuple pouvait se divertir, c’était pendant les fêtes religieuses en l’honneur de Nikolaï, ce qui rendait forcément le Dieu très populaire.
Le Goa’uld tourna la tête en direction d’une terrasse lorsqu’il entendit crier dans la foule : « Le voilà ! Il arrive ! ».
En effet, le divin seigneur arrivait au bout de la Grand’Rue, la Belle de Nuit de son vrai nom, ainsi nommé en raison de l’éclairage de nuit qu’elle possédait, et accessoirement des quelques prostitués qui en prenaient possession le soir venu.
Dès que le cortège posa un pied sur la place inondée de soleil, de nouvelles salves d’acclamations retentirent.