Épilogue
Chacun des six premiers chevrons s'étaient enclenchés. Le cercle divin tournait encore, cherchant au loin symbole permettant l'activation de la porte d'arrivée. Quelques secondes de plus passèrent. Les soldats étaient prêts à tirer sur chaque soldat, chaque horreur de la galaxie pouvant traverser. Tous étaient prêts à faire leur devoir, leur service pour la patrie. Tous étaient prêts à mourir, à tomber dans l'autre monde pour le pays, pour Shen Nong. Enfin, le septième se verrouilla. Dans le large espace de l'anneau, le vortex se forma. Les vagues bleus se propagèrent à sa surface, baignant de lumière la clairière du petit bois du sud dans l'aube naissante.
A à peine un kilomètre d'ici, Nia Cha Li, commençait à jeter son ombre sur la petit forêt, la pyramide se dressant haut dans ma ciel. Deux planeurs de la mort passèrent au dessus des dix gardes, observant la porte avant de s'éloigner, se préparant déjà à revenir afin d'appuyer les forces au sol. Deux silhouettes traversèrent la grande flaque des êtres suprêmes. Les lances ne s'abaissèrent pas. Malgré la lumière de l'anneau, il était encore un peu dur de bien distinguer l'uniforme des nouveaux venus. Était-ce des ennemis venu tenter d'assassiner le tout puissant?
Ils se tenaient fièrement, portant chacun dans leur main droite une lance-serpent, pas tout à fait verticale, mais quelque peu inclinée. Ils n'avaient pas de casques, juste des cheveux courts pour l'un et des cheveux attachés en une sorte de tresse pour l'autre, revenant sur son torse en épousant joliment son épaule. Cette partie de l'armure sur laquelle reposait la tresse de l'un des deux guerriers, justement, était plus arrondie que la normale, se prolongeant de quelques centimètres sur le bras. La lumière bleutée laissait tout de même voir que la cote de maille était argentée, et non pas d'un gris terne comme pour certains empires. La plaque protectrice du torse, des bracelets, des épaules et des bottes, ainsi que la sorte de jupe (à l'exception de quelques bandelettes métalliques argentés), était recouverte d'un épais cuir marron. Sur le torse de chacun des soldats, invisible aux gardes de la porte de part l'obscurité encore présente de la nuit s'évaporant, mais tout de même bien présent, les noms des deux arrivants étaient gravés, de même que le symbole du dieu qu'il servait. Les fronts portaient le symbole eux aussi, deux cornes de bison encadrant une feuille, probablement du thé. Il s'agissait donc de jaffas au service de Shen Nong.
Les deux soldats descendirent les trois marches de pierre qui s'offraient à eux, surélevant le cercle des puissances supérieures, et attendirent. Il ne s'était écoulé que cinq ou six secondes depuis que les deux jaffas étaient arrivés. Les gardes avaient baissés leurs armes, ayant identifié les alliés. De nouveau, une silhouette traversa la porte, portant quelque chose dans son dos. Il avança rapidement en descendant les marches, portant quelque chose de plat dans son dos. Un second jaffa arriva, portant l'autre bout de la civière. Ils étaient vêtus de la même façon que les douze autres. Un bras pendait entre les deux nouveau arrivants, inerte. Était-il inconscient, était-il mort? Mais surtout, qui était-ce? Il ne portait pas d'armure, uniquement ce qui semblait être une grande robe blanche tachée de sang. Un cinquième fit son apparition, portant lui aussi une armure de Shen Nong. Cependant, le cuir de son armure était noir et non pas marron, et il portait un grand casque représentant une tête de bison, les deux cornes menaçantes. Les gardes de la porte des étoiles posèrent chacun le genou droit à terre, posant la lance à terre, à quelques centimètres des mains. Il était de coutume pour chaque soldat de s'agenouiller devant les plus grands guerriers de l'empire, ayant eu l'honneur de protéger le tout puissant et de mener d'importantes missions pour lui.
Celui qui était donc un membre de la garde personnelle de Shen Nong s'avança pour prendre la tête du petit groupe et fit signe à ses quatre soldats de la suivre, marchant rapidement. Ils avancèrent vers le sentier menant vers Nia Cha Li, et de là ils prendraient un Teltak pour rejoindre la demeure du seigneur Shen Nong. De chaque côté du petit chemin, la forêt. Les trois soldats ayant les mains libres, dont celui de la garde suprême, étaient prêts en cas d'embuscades. Même si ils étaient désormais dans leur pays, sur leur monde, ils n'en restaient pas moins méfiants. Le bois semblait constitué essentiellement, totalement même, de conifères. Derrière chaque branche, une ombre pouvait se dresser.
Ils arrivèrent donc à Nia Cha Li sans problèmes, sans escarmouches et sans pièges, au bout d'une dizaine de minutes de marche. Ils pénétrèrent dans la pyramide, les gardes s'agenouillant et posant leurs lances à terre devant celui qui comptait parmi les meilleurs de l'empire. Ils marchèrent quelques minutes de plus jusqu'aux hangars, et réquisitionnèrent rapidement un vaisseau cargo et deux planeurs de la mort comme escorte ainsi que les trois pilotes nécessaires. Les trois vaisseaux décollèrent après une très légère attente, s'envolant vers Chen, la plus grande et la plus belle des cités de Chen Yan et puissant bastion du royaume de la dynastie de Shen Nong, plus connu sous le nom de dynastie Jiang.
Les trois appareils survolèrent les quelques centaines de mètres de la petit forêt restants, avant de passer au dessus de prairies d'herbes vertes pendant quelques kilomètres. De multiples troupeaux de bisons étaient présents, leur population en hausse constante, puisque cet animal était sacré et donc interdit à la chasse. La paysage changea quelque peu ensuite, puisque les vaisseaux étaient désormais au dessus de champs divers, où l'on cultivait de nombreuse vivres pour le dieu, pour la capitale, pour les villages voisins qui n'auraient éventuellement pas de bonnes récoltes, et pour pouvoir tenir des sièges. La guerre était encore présente. Dix-sept ans s'étaient écoulés depuis que Rensi fut tué, d'après les histoires naissantes, dans un duel épique contre Shen Nong. On racontait qu'il avait tué un millier de fous ayant suivit la déesse des ombres avant de la combattre elle, la meurtrière. On disait, dans chaque bourgade, que Shen Nong avait donné un violent coup de poing à Rensi dans le torse, et que sa main avait traversé son corps avant de revenir, tenant fermement entre ses doigts le divin cœur noirci de sa mère, qu'il écrasa, achevant ainsi la cruelle.
Les champs, bientôt prêts à être labourés, s'étalaient encore sous le cargo et ses deux chasseurs. Une minute passa, et les trois vaisseaux survolèrent une grande muraille, haute d'une dizaine de mètres, puis les habitations de la ville de Chen. L'architecture n'avait pas changé depuis le changement de pouvoir, à l'exception des réparations des dégâts faits pendant la révolte. Les nombreux dommages provoqués par la guerre civile ayant suivit avaient eux aussi été réparés, puisque la guerre s'en était allée loin, hors des terres de Chen Yan, sur de multiples mondes neutres où la traque du félon s'était poursuivie. Cependant, même si l'architecture était quasi-identique, la cité semblait avoir retrouvée des couleurs, ainsi que sa prospérité. Son modèle pinia calata toujours présent, n’empêchait apparemment pas les habitants de reprendre des vies normales, gardant un certain ordre dans la hiérarchie sociale.
La teltak et les escorteurs arrivèrent près d’une demeure immense, passant sur l’un des côtés avant de commencer à tourner autour. La grande maison, ou plutôt le palais, avait le même style d’architecture que le reste de la ville. Elle était immense, et protégée par de hautes murailles semblables à celles entourant la ville, y compris le côté donnant sur une falaise dans laquelle une cascade se déversait. L’endroit était magnifique. Le canyon semblait être profond d’une centaine de mètre, long d’une trentaine de kilomètres, et large d’une trentaine de mètres. De l’autre côté, des prairies verdoyantes ornés ci et là de quelques arbres, des troupeaux de bison s’y étant apparemment installés. La demeure dominait le canyon, et de sa hauteur la cité. Shen Nong dominait Chen. Le palais semblait haut d’une vingtaine d’étages, sans compter les trois passages secrets, et les hangars souterrains des planeurs de la mort et des teltak.
Ils descendirent, et commencèrent à passer dans le canyon. Ils ralentirent, avançant vers une grande porte métallique dans la paroi rocheuse, juste en dessous du palais du dieu. Deux canons de chaque côté étaient pointés vers eux. Quelques secondes passèrent en avance lente, et la porte commença à s’ouvrir, se déplaçant latéralement pour laisser pénétrer les vaisseaux dans ce qui semblait être une immense base aérienne souterraine. Ils entrèrent, puis avancèrent afin de se poser. Il n’était pas nécessaire d’aller plus loin, les appareils devaient retourner à Nia Cha Li. Les deux porteurs de la civière, les deux soldats et le membre de la garde suprême Jiang descendirent du Teltak, et se dirigèrent vers le bout du hangar.
Ils arrivèrent dans une salle, gardée par quatre jaffas, et avancèrent dans un cercle dessinée sur le sol. Ils se serrèrent un peu pour pouvoir tours rentrés, et le garde de Shen Nong fit signe à l’un des soldats protégeant le secteur d’activer le phénomène attendu. Plusieurs anneaux sortirent du sol, enfermant les cinq jaffas et la personne sur la civière, les empêchant de sortir. Une lumière blanche, aveuglante, se produisit, et les anneaux descendirent dans le sol. Ce n’était plus la même salle. Désormais, ils étaient dans une pièce réservée à la même chose, mais au dernier étage du palais de Shen Nong. Ils reprirent leur marche rapide, la seule présence du soldat au casque bison suffisant à empêcher un contrôle d’identité. Ils se hâtèrent dans le couloir, et arrivèrent très rapidement devant une double porte, très grande, gardée par deux soldats au casque en forme de bison. Ils ouvrirent les portes pour les cinq arrivants, qui ne se firent pas prier pour entrer.
A chaque pilier formant l’allée qui menait au trône de Shen Nong, un garde bison se dressait telle une sentinelle. Le sol de marbre était luxueux, tout comme les vêtements du dieu qui les regardait, après s’être détourné de la baie vitrée. Vêtu d’une grande cape vert foncé, apparemment posé par-dessus un pantalon et une chemise d’un tissu très fin d’un blanc pâle, le seigneur s’éloigna du paysage de la ville de Chen pour revenir vers son trône. Il ne semblait pas apprécier que l’on vienne le déranger dans ses pensées. Il monta les trois marches menant à son trône, sans dossier, semblables aux sièges de la Rome antique, et s’installe. Il appuya sa cheville droite sur sa jambe gauche, et observa les derniers mètres parcourus par les cinq jaffas. Ils mirent la civière sur le sol, et posèrent tous un genou à terre, gardant leur lance pointé vers le plafond. Le fait qu’ils ne déposent pas leurs armes était simple : face à un garde bison, les soldats « standards » devaient poser la lance au sol dans le salut, mais pour le dieu, il fallait la pointé fièrement vers le ciel pour montrer au maitre que même en étant à ses pieds, chaque soldat était prêt à abattre l’ennemi. Il s’agissait simplement de devoir. Nul jaffa n’aurait pu prendre le risque de perdre une seule seconde pour défendre son dieu.
Shen Nong continua de regarder, et fit un léger signe de la main droite. Le soldat de la garde personnelle leva sa main gauche et l’amena sous la corne du même côté, appuyant sur un bouton caché. Un léger bruit métallique se fit entendre pendant quelques secondes, et le casque se plia dans divers sens dur à comprendre, avant de se ranger dans le dos de l’armure. En apparence, il semblait désormais improbable qu’un casque puisse se caché dans l’armure. Les cheveux court, les yeux noirs et bridés, de fines lèvres, des sourcils soignés, le visage séduisant, le jaffa se leva. Il souleva le drap par-dessus le corps sur la civière, et s’écarta d’un pas pour que son dieu puisse observer.
Shen Nong se leva, descendit lentement les trois marches, et à la même allure s’approcha du cadavre, observant minutieusement la tête de celui qui, enfin, était mort. Le maitre était surprit. Il observa le garde bison qui avait fait tout ce chemin avec quatre soldats, afin de lui montrer la dépouille. Sa marque dorée était celle qui l’avait le plus servit depuis ce que Shen Nong voyait comme « la trahison d’Houng ». Un sourire se dessina légèrement sur le visage du dieu. Enfin, enfin son royaume connaitrait la paix.
-Mon seigneur, la guerre est finie, dit Chyan.
Oui, tout était finit pensa le dieu. Désormais, le clan Jiang allait pouvoir s’agrandir en paix. Désormais, Shen Nong n’était plus contesté. Ce conflit s’en était allé, et désormais, nul ne pourrait dire le contraire, le véritable règne incontesté de Shen Nong venait de commencer.