L’après-midi était assez chaud sur Nijni-Ousergrad et le soleil dardait la planète de ses rayons. A l’écart de toute ville et de toute base militaire, en rase campagne, au milieu des vignobles les plus prestigieux de l’empire, se dressait fièrement le palais d’hiver d’Ouserkaf. Le palais d’hiver n’était pas très haut, ni même très grand, il était juste isolé de tout et Ouserkaf se plaisait à s’y rendre avec sa famille pour se reposer de l’agitation qui régnait dans la galaxie : c’était son havre de paix.
Le dieu lisait dans l’une des nombreuses serres, qui représentaient à elles seules presque la moitié de la surface occupée par le palais. Enfin, à ce moment précis, il serait plus juste de dire que le prestigieux seigneur faisait une petite sieste au milieu des cerisiers éternellement en fleurs, au bord d’une petite fontaine imitant une chute d’eau. Le cadre était réellement idyllique et reposant, personne n’osant approcher de peur de déranger le dieu. Jusqu’au moment où, porté par une témérité ou une folie hors du commun, un jaffa entra dans l’immense serre en verre et, oh sacrilège, réveilla le dieu !
-Maître, maître… Fit doucement le jaffa en s’approchant de son seigneur.
-Hum… Pas maintenant, encore une petite minute. Grommela Ouserkaf en changeant de position et en tournant le dos au jaffa.
Le jaffa ne savait trop que faire, lorsqu’il décida d’utiliser son atout, peut-être le seul qu’il disposait face à son dieu.
-J’ai apporté du jus de Bleubark ! Fit-il d’une voix tentatrice.
Tout se déroula très vite à partir de ce moment : Ouserkaf bondit, attrapa le verre au passage et… oh non ! Le dieu avait oublié la fontaine et le petit ruisseau et il allait atterrir en plein dedans !
Le jaffa s’apprêta au pire en fermant les yeux et en reculant de quelques pas, attendant le son habituel lorsqu’un objet touche l’eau, mais le –plouf !- ne vint pas. Il rouvrit alors timidement les yeux et il vit son dieu marchant sur l’eau, en train de siroter à la paille sa boisson.
-C’est un miracle ! Jubila le jaffa qui se mit à genoux.
-Hum ?... Ouserkaf regarda autour de lui pour voir de quoi parlait le jaffa, puis regarda sous lui. Ah ça!? Oui, si tu le dis. A part ça, pourquoi m’as-tu dérangé dans ma réflexion ?
Le jaffa se redressa en disant.
-Le prima du seigneur Tonton désire vous voir, il dit que c’est urgent.
-Eh bien, faites le rentrer. Répondit Ouserkaf qui se rallongeant sur sa chaise longue tendit que le jaffa allait chercher son confrère.
Le prima de Tonton arriva, accompagné du jaffa et, comme le prima de Tonton ne parlait toujours pas, Ouserkaf dit à son jaffa de partir. A ce moment, le prima de Tonton tendit la console que son maître lui avait confié. Ouserkaf la saisie et appuya sur le bouton que lui avait désigné le prima : une carte holographique de la planète-mère du vassal d’Ouserkaf s’afficha dans les airs.
Le Grand Maître remarqua immédiatement une zone sur la carte qui était d’une couleur différente : on lui expliqua que c’était là où le seigneur Tonton l’attendait pour l’entretenir d’un sujet majeur. Ouserkaf n’aima pas trop que l’on ne lui communique pas la raison pour laquelle sa présence était quémandée, mais il faisait confiance à son vassal pour que celui-ci ai de très bonnes raisons, de toute manière, ça chaufferait pour son postérieur si tel n’était pas le cas.
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Il régnait une fébrile agitation autour du Chappa’ai : on déplaçait des caisses de ressources qui venaient juste d’arriver par la Porte et on faisait venir la garde d’Ouserkaf qui accompagnerait le dieu pour sa visite chez Tonton.
Un jaffa arriva en courant à la Porte pour prévenir de l’arrivée du dieu : heureusement, les caisses et autres fatras qui étaient là il y a quelques minutes avaient été enlevé juste à temps, il ne restait plus que mille soldats vêtus de la tête au pied d’une toge rouge.
La Garde se mit au garde-à-vous lorsque le Grand Maître entra dans la pièce et l’anneau du Chappa’ai se mit à tourner. Quelques minutes plus tard, le vortex était formé. Cinq-cents premiers jaffas passèrent l’horizon des évènements, suivit par Ouserkaf, et enfin par les cinq-cents autres qui fermaient la colonne.
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La nuit était déjà tombée depuis longtemps sur la capitale de Tonton lorsqu’Ouserkaf arriva avec sa garde : un millier de jaffa en arme ! On aurait pu penser à une force d’invasion, mais ce n’était nullement le cas, c’était juste qu’Ouserkaf aimait en mettre plein la vue même pour un petit évènement privé comme celui-ci.
Ouserkaf nomma les dix gardes qui auraient l’honneur de le suivre. Ce n’était pas les plus grands, ni même le plus fort ou les plus intelligents, mais c’étaient les dix plus fidèles. Bien sûr, Nékao, le prima d’Ouserkaf, serait aussi du voyage. Tout le reste de la Garde restera ici, dans la capitale, certains habillé en civils d’autres en jaffas de Tonton, avec la marque de celui-ci et tout l’attirail (des marques en autocollant en quelque sorte), seule une minorité gardera son uniforme rouge : oui, Ouserkaf était un grand paranoïaque en phase terminale, mais il valait mieux rester sur ses gardes, même ici : la planète pouvait très bien se faire envahir ou la population se révolter.
La petite troupe d’Ouserkaf se mit donc en route rapidement : quelles idées de n’avoir installé aucun anneau de transport dans le lieu où se déroulerait la « réunion » ?!
La troupe se procura des chevaux : toute la ville dormant profondément, ils ne voulurent pas déranger le brave aubergiste qui avait son établissement à la sortie de la ville et ils empruntèrent suffisamment de chevaux… en laissant bien sûr une petite bourse en cuir qui contenait un petit dédommagement.
Ils chevauchèrent ainsi sans s’arrêter ni pour dormir ni pour manger car ils étaient très pressés. Ils remarquèrent en passant un petit tas de cendre qui datait certainement de la veille : ça devait être ici que Tonton avait monté son camp pour la nuit, à moi que ce ne fut des braconniers.
La montagne : voilà leur destination, et elle grossissait rapidement au fur et à mesure qu’Ouserkaf et sa garde en approchait. En une journée de course effrénée à travers champs et bois, la petite troupe arriva au pied de la montage. Comme Tonton avant eux, ils mirent tous pieds à terre pour commencer l’ascension. Au terme de deux heures de grimpette à pied (ce qui avait le don d’énerver Ouserkaf) ils atteignirent enfin l’entrée d’une grotte : ça devait être là, mais il n’y avait personne pour les accueillir…