A la capitale souterraine de la République, la « ville sans nom » car on ne devait en parler sous aucun prétexte, c’était une fois encore jour de fête. Mérenptah, revenu victorieux de la bataille de Kirinia, les calles de ses vaisseaux chargés de trésors, eu droit de célébrer son triomphe par un spectaculaire défilé dans les rues de la ville.
La procession débutait au niveau des grandes halles commerçantes, au Sud de la ville, pour se terminer devant le Palais de la République, après avoir parcourut toute la ville. Sur toutes les places traversées par le cortège avaient été dressé des estrades.
Le triomphe s’étalait sur trois journées pleines. Le premier jour suffit à peine à exposer les armes des vaincus et surtout les objets précieux pris à l’ennemi. Parmi ceux-ci on pouvait admirer des cratères d’argent, des vases en formes de cornes, des coupes et des gobelets, tous disposés artistement pour que chacun puisse admirer leurs grandes dimensions et la finesse de leurs ciselures.
Le deuxième jour, dès l’aurore, des trompettes ouvrirent la marche, jouant pour rythmer le pas non pas un air de procession ou bien de parade, mais un des airs que l’on jouait avant les combats. Derrière eux s’avançaient soixante bœufs aux cornes dorées et aux flancs parés de bandeaux et de guirlandes. De jeunes gens ceints de tabliers ornés d’or les conduisaient. Venait ensuite un char où était dressée une statue de Krindik, qui était huée par la foule, suivit de près par une poignée de prisonniers. Immédiatement après ce groupe, des chariots transportaient des monceaux de pièces d’ors (qui n’étaient pas une prise de guerre, mais qui servaient à afficher la richesse de la République et de ses citoyens). Enfin, Mérenptah lui-même s’avançait, monté sur un char magnifiquement décoré, et le jaffa, même en dehors de tout cet apparat, méritait d’attirer les regards, vêtu d’une toge pourpre brodée d’or et tenant dans sa main droite une branche de laurier, à l’image des « dieux » du temps jadis : enfin un jaffa était élevé sur un pieds d’égalité avec celui des faux dieux. Toute l’armée portait aussi des lauriers ; elle suivait le char du général, rangée en compagnies et bataillons, en chantant tour à tour des airs nationaux, des chants de victoire et des couplets célébrant les prouesses accomplies par Mérenptah. Celui-ci attirait les regards et les admirations de tous.
Un fois arrivé devant le Palais de la République, le triomphateur descendit de son char pour monter les marches menant à l’entrée du palais, sous les cris de joie et les vivats de la foule en liesse qui lançait des pétales de roses sur le « Défenseur de la République », titre que l’Assemblée avait décidé d’accorder officiellement à Mérentpah. Couronné de sa couronne de fenouils –Hein ? De fenouils ? C’est quoi cette embrouille encore ? Ils allaient l’entendre en cuisines ! Hum… Passons. –
C’est donc d’un pas fier et digne, la tête couronnée de fenouils, que le généralissime entra dans le Palais de la République. Aussitôt, Djer vint à lui en sautillant comme un jeune cabri.
-Mérenptah, Mérenptah –oh, pas mal ta couronne–, Mémé et Inéni nous attendent déjà en salle de réunion. La campagne sera certainement avancée. Ajouta-t-il sur un air de confidence.
Sans autre bruit que celui de leurs pas, les deux jaffas se dirigèrent vers la salle de réunion, en traversant le grand hall, haut d’une vingtaine de mètre et en marbre rose (parmi les derniers blocs qui restaient dans la galaxie). Le lieu était décoré des statues des meneurs de rébellions des temps jadis tel Asternos le Borgne ou Diclopade le Vieux, deux figures emblématiques, pour ne pas dire mythiques, de la guerre civile de Lauriand, aux premiers jours de l’empire ouserkafien.
Les services de renseignement de Djer avaient apprit que de nombreux faux dieux avaient disparu de la galaxie dans des circonstances mystérieuses, c’est-à-dire ni une défaite militaire, ni un assassinat pour récupérer l’héritage, ni une révolution. Mais ce qui était réellement important ici, c’était que Djer avait découvert pourquoi ils avaient disparu si soudainement : ils s’étaient tous rendus sur une planète mystérieuse et puis plus rien. Le contact avec toutes les sondes envoyées sur place avaient été jusqu’alors coupé à l’approche de la planète, si bien que les informations dont les rebelles disposaient étaient très minces, pour ne pas dire nulles. La décision avait été donc prise, depuis de nombreux cycles, d’envoyer une expédition spécialement entrainée pour récolter des informations.
-C’est pas trop tôt ! (Est-il encore utile de préciser qu’il s’agissait là de Mémé ?)
-Mémé ! S’écria Djer en se jetant de ses bras.
-Mon petit poussin. Répondit Mémé dans un élan de sympathie et d’affection auquel les deux autres protagonistes n’étaient pas habitués.
Une fois ce « petit câlin » terminé, Inéni osa prendre la parole.
-La situation est grave, nos services de renseignements nous ont informé qu’une partie de la flotte de Toxico faisait direction vers la nébuleuse où se trouve actuellement notre flotte. Peut-être qu’ils ne savent pas que nos vaisseaux s’y trouvent, mais en attendant, la situation est bien là : ils sont sur le point de découvrir notre flotte. C’est pourquoi le Comité a pris la décision d’avancer la date de l’expédition à… aujourd’hui même.
-Mais voyons, les soldats n’ont pas encore totalement terminé leur entraînement. Protesta Mérenptah.
-Ne crois-tu pas que nous le sachions déjà ?! Mais la situation fait que nous ne pouvons nous permettre d’attendre la fin de l’entraînement. Peut-être y a-t-il quelque chose là-bas qui pourra nous aider, et si tel n’ai pas le cas, nous aurons besoin de toutes nos forces disponibles et des meilleurs soldats pour manœuvre notre flotte.
-Soit, je partirai donc sur l’heure, le temps que mes hommes se préparent.
-Oui, mais tu ne partiras pas seul, surtout au regard de tes agissements sur Kirinia.
Cette remarque fut cinglante et résonna dans la tête du militaire : comment s’avait-il ?
-Je… je ne vois pas de quoi tu veux parler.
-Oh ! Épargne-moi ce jeu là s’il te plaît, tu le sais parfaitement, tout le monde dans cette salle le sait. Mais peut-être faut-il que je te rafraîchisse la mémoire sur le massacre des reb…
-Non ! Le coupa Mérenptah. C’est bon. Je m’en passerai.
-Bien, alors Mémé t’accompagnera.
-Mémé ?! Mais n’est-elle pas un peu trop… Le généralissime hésita : osera-t-il prononcer le mot qu’il avait au bout de la langue ?
Il n’en eu pas le temps, car Mémé s’en chargea pour lui.
-Un peu trop vieille c’est ça ?! Tu vas voir toi si je suis trop vieille.
La vieille dame se leva d’un bond, traversa la salle, passa la porte et la ferma avec fracas derrière elle.
Les trois hommes qui étaient resté là sans réagir se regardèrent, tous pensaient : ** Quel tempérament !**
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Avant de partir, Mérenptah avait longuement contemplé le soleil se coucher, maintenant, il se tenait en armure à côté de Mémé, qui elle n’avait prit qu’un léger châle, tandis que les dix mille jaffas de l’expédition franchissaient le Cha’pai, suivit de près par les nouveaux chars à ions de la République : les B-13. Une grande partie de la puissance rebelle s’affichait là, ce qui était bien peu vue la puissance des ennemis que la « rébellion » devait chaque jour affronter, et on comprenait mieux la nécessité pour les rebelles de trouver rapidement des alliés contre les faux dieux.
Une fois le dernier soldat passé, Mémé et Mérenptah franchirent ensemble l’étendue bleutée.
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Bien qu’à des années lumières de la planète mère de la République, le voyage ne prit que quelques secondes. Aussitôt le premier pas posé sur cette planète inconnue, l’aide de camps de Mérenptah vint faire son rapport.
-Généralissime ! J’ai fait donné l’ordre aux troupes de monter le camp ainsi que de couper des arbres pour faciliter le trajet des chars.
Des arbres ? Mérenptah regarda par-dessus l’épaule de son interlocuteur : ils étaient arrivés sur un monticule surplombant une forêt tropicale qui s’étendait à perte de vue.
-Faites venir les cartographes pour dresser un plan des environs, d’ici nous avons une vue parfaite des alentours, ordonna Mérenptah, et faites faire monter une palissade autour du camp, on n’est jamais assez prudent.
L’aide de camp partit transmettre les ordres, Mémé avait déjà disparu on ne savait où, et Mérenptah contempla le soleil levant.